Xavier Mathieu face à David Pujadas

 

Cet extrait vidéo est issu du journal de 20h de France 2 du 21 avril 2009, présenté par David Pujadas. Le passage reprend une partie de l’interview de Xavier Mathieu, délégué syndical à l’usine de pneumatiques Continental à Clairoix (Oise), par le journaliste. Cette interview intervient à la suite d’un reportage de France 2 dans l’usine où quelque 700 salariés ont allaient être licenciés par la direction de Continental pour gagner en compétitivité. Le reportage décide de se focaliser sur les violences des salariés qui, dans leur colère, s’en sont pris aux locaux de l’entreprise.

La parole est donnée… aux barbares

David Pujadas et son équipe donnent la parole au délégué syndical Xavier Mathieu. Il s’agit d’un duplex où l’on voit à la fois le journaliste et le syndicaliste dans un échange. Xavier Mathieu est là pour donner sa vision des violences. Or, David Pujadas élude rapidement la question du « pourquoi » des violences et demande des comptes au syndicaliste. « On comprend bien sûr votre désarroi mais est-ce que ça ne va pas un peu loin ? Est-ce que vous regrettez ces violences ? » Tout tient dans la prétendue compréhension des causes de la violence et l’opposition avec la question posée. Le bien sûr n’est que formel, car M. Pujadas ne s’épanche pas sur le sujet : s’il comprend, il ne passe pas de temps à le montrer. Aucune compassion, la question est d’entrée une demande de justification. Si le syndicaliste regrette, c’est qu’il estime son combat vain. M. Mathieu tient d’ailleurs un discours de fermeté face à ses actes, pour lui, la question est absurde : « Vous plaisantez j’espère ». Vient alors le temps du poncif journalistique, le fameux « Je vous pose la question » qui signifie Ma question est innocente, répondez-y. Or, pour M. Mathieu, la question est déjà dérangeante et absolument pas innocente : si M. Pujadas comprenais, il ne poserait pas la question. Faire mine de compassion et demander à son interlocuteur de regretter paraît absurde, voire provocateur. Du coup, le délégué syndical change de ton, devient plus ferme : « Qu’est-ce que vous voulez qu’on regrette ? Quelques carreaux cassés, quelques ordinateurs ? Face aux milliers de vies brisées ? Faut arrêter là, faut arrêter. » David Pujadas ne tient pas compte de cette argumentation et relance sa question : « Pour vous, la fin justifie les moyens ? » Ce à quoi M. Mathieu rétorque avec encore plus de détermination. Il rappelle que ces violences ne sont rien à côté de la violence sociale subie par les salariés de Continental, qui allaient perdre leur emploi dans un mois pour des profits d’entreprise. Il tient donc à redéfinir la situation, que M. Pujadas a caricaturé : « Vous n’avez pas vu des casseurs, vous avez vu des gens en colère ». Sous-entendu : cette violence n’est pas gratuite, elle est le résultat de la violence de classe que les actionnaires de Continental, dans un souci de compétitivité, et au mépris des vies humaines, font subit aux salariés de Continental. Enfin, M. Pujadas rappelle encore une fois son cynisme : « On entend votre colère, mais est-ce que vous lancez un appel au calme ce soir ? ».

La perspective : du sensationnel

L’interview montre un délégué syndical porteur d’une forte contestation sociale. Il a été choisi parce que c’est une figure de proue du mouvement, et qu’il parle avec une émotion qui sied bien au passage sur les écrans. Il porte l’écusson CGT, son blouson casse avec le costume-cravate de David Pujadas. En arrière plan, derrière Xavier Mathieu, on voit l’usine, cadre de référence du salarié. Les vitres sont cassées, Xavier Mathieu fronce les sourcils, on assiste à une scène typique de contestation et de violence sociale liée au licenciement. Lorsque le syndicaliste s’exprime, le champ s’élargit, on peut mieux constater les dégradations. Après la 2ème question de M. Pujadas, des images le remplacent : celles de la colère des salariés et des dégâts qu’ils infligent aux locaux. L’image bouge, comme si le cadreur essayait de saisir tout le mouvement, l’expression de la colère des salariés. On y voit le désordre, l’agitation, des salariés marchant sur des restes d’ordinateur, des vitres cassées, des dossiers éparpillés, un clavier pendu par un fil à un bureau. Ces images sont montrées pour leur caractère sensationnel, elles viennent illustrer la vive prise de position de Xavier Mathieu.

La lutte des classes

Ce contraste entre l’ouvrier et le journaliste symbolise la surdité d’une partie du monde médiatique aux problématiques de la souffrance sociale. Lorsque les plans de licenciements, désormais appelés avec pudeur « plans sociaux », font la une de l’actualité, c’est souvent pour montrer des casseurs, des sauvages qui détruisent, rarement pour explorer les causes de la colère sociale : les mécanismes de l’actionnariat, la recherche du profit, un certain mépris des salariés. Il s’agit donc d’une scène de déni, voire de mépris, de la lutte des classes.

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2 réflexions sur “Xavier Mathieu face à David Pujadas

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